De temps en temps, un message de First Life…
Je suis honoré chaque fois que je reçois la lettre que Christian et Catherine Sautter envoient régulièrement à leur liste de diffusion et qu’ils ont intitulée “Lettre à nos amis”.
Christian Sautter a toujours manifesté intérêt et compréhension sur les différents sujets qui passionnent beaucoup d’entre nous, il est avant tout un être qui a de vraies convictions et qui sait les partager.
Je me fais donc un plaisir de vous livrer un large extrait de sa dernière adresse, “Abbé Pierre”. Après avoir raconté les deux fois où il a rencontré l’Abbé, voici ce qu’écrit Christian..
La République et l’Église ont enterré en grand pompe le bon Abbé, comme Louis XIV avait rendu hommage à Saint-Vincent de Paul qui dénonçait l’inhumanité des galères. Mais je dois dire qu’à l’hypocrisie toujours d’usage en de telles circonstances, le candidat de l’UMP a ajouté une louche supplémentaire.
On enterrait autrefois un grand général avec ses armes. Même si la célèbre pèlerine et la modeste canne ont accompagné le saint homme, nous avons tous vu le candidat conservateur à la prochaine élection présidentielle tenter de glisser l’Impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF) dans le cercueil du défenseur des pauvres. Il y a un cynisme authentique, accompagné d’une pincée de goujaterie, à proposer la quasi-disparition de ce prélèvement, tout en versant des larmes de crocodile sur les compagnons d’Emmaüs. Le syndicat unifié des Impôts nous apprend en effet que les corrections, soi-disant techniques et donc anodines, proposées par le fringant candidat feraient disparaître 60% des recettes et 95% des assujettis de cet impôt au produit bien modeste (Le Monde 260107).
Peut-être a-t-il été influencé par son supporter, Johnny Hallyday, prêt à s’exiler en Suisse pour échapper à l’oppression fiscale et à n’en revenir que si son candidat chéri abolissait en droit ou en fait le satanique ISF. Sur la Terre des hommes, il y a des aigles et des vers de terre. Parmi les artistes, c’est la même chose. Il y a Coluche qui a fondé les « Restos du cœur » et le chanteur de rock qui songe à rejoindre une association nombreuse, celle des restreints du cœur. Le chanteur scrogneugneu mérite cette expression favorite du comique généreux : « Ciao, pantin ».Mais revenons à l’ISF. Est-il absurde de prélever un taux maximum de 1,8% (c’est le taux de la tranche la plus élevée) sur les patrimoines des contribuables français ? Quand les fonds de pension demandent aux entreprises cotées un rendement de 15%, un tel prélèvement, inférieur ou au pire égal à 1,8%, qui s’ajoute à une taxation des dividendes nettement inférieure à celle des salaires, ne paraît pas choquante. Quant aux stock options, ils ne semblent pas entrer dans l’assiette de l’ISF, pas plus qu’ils ne sont dans le champ de l’impôt sur le revenu. C’est plutôt choquant. La morale voudrait que les rentes individuelles d’un capitalisme financier exubérant soient davantage taxées et non l’inverse.
Par contre, si l’ISF décourage les entrepreneurs, ce serait grave et le risque existe dans deux cas. Celui qui possède la majorité de son entreprise familiale est exonéré au titre de l’outil de travail. Mais quand ce patron passe la main à la génération suivante, chacun des héritiers n’a plus qu’une fraction minoritaire et est donc menacé d’ISF. Les entreprises sont alors vendues par les enfants à des repreneurs souvent étrangers qui débarquent avec des méthodes plus brutales que le capitalisme familial d’antan. Je soutiens donc l’idée que l’exonération persiste si les héritiers concluent un pacte de longue durée les empêchant d’aliéner l’entreprise et de mettre en péril les salariés.
L’autre cas est celui des nouvelles sociétés innovantes lancées par un petit nombre d’amis entreprenants. Quand vient la réussite, il devient nécessaire de lever des fonds extérieurs et donc de diluer le capital de l’entreprise, dont les fondateurs deviennent minoritaires. Là aussi, il faut inventer une sorte de pacte des fondateurs qui les dissuade de vendre la firme pour échapper à l’ISF.
Reste l’immobilier. L’ISF frappe, modérément, ceux qui ont acheté leur résidence principale et, c’est important, qui ont achevé de rembourser leurs emprunts. Je ne trouve pas anormal que ceux qui ont été enrichis par la flambée du prix de l’immobilier paient une cotisation modeste pour aider à construire des logements sociaux. Quant aux pauvres veuves de l’île de Ré, il suffirait qu’elles louent officiellement quelques chambres ou quelques ares durant la saison pour s’acquitter de cet impôt.En résumé, je trouve logique que ceux qui ont la chance d’appartenir à la strate des 5% des citoyens les plus aisés, dont le capital s’accroît du fait de leur activité ou simplement en dormant, contribuent à la réduction des inégalités qui se creusent dans le domaine du logement et de l’emploi. Je suggèrerai donc que le produit de l’ISF double de 3,6 à 7 milliards d’euros et que son produit soit affecté à un fonds (appelé Abbé Pierre ? géré par la Caisse des Dépôts ?) directement dédié à la construction de logements d’urgence et de logements très sociaux, pour que cesse le scandale d’une société où les ghettos de riches ignorent les ghettos de pauvres.
La quasi-suppression de l’ISF n’est qu’une facette d’un programme parfaitement scandaleux. Oser annoncer une baisse de 4 points des prélèvements obligatoires, comme l’a fait le candidat de l’UMP, promettre 2000 euros par famille, sans dire quelles coupes il fera dans les dépenses de l’éducation, de la santé, de la retraite, du logement, c’est vraiment prendre les Français pour des imbéciles. De sordides opérations visant Ségolène Royal font diversion. Elles n’empêcheront pas nos concitoyens de déceler, sous les propos doucereux du candidat de l’UMP, le projet inégalitaire, égoïste, et dangereux pour le modèle social qui a fait consensus depuis la guerre.
N’enterrons pas une nouvelle fois l’abbé Pierre pour ressusciter Margaret Thatcher.
Quant à nous, Comité 748, nous avons été interpellés sur la question du RMI, du Revenu d’Existence et sur la question des SDF de Second Life. Nous sommes certes bien loin des conditions dans lesquels survivent celles et ceux dont l’Abbé Pierre a défendu la cause tout au long de sa vie mais nous reviendrons quand même sur ces sujets qui touchent à de biens réelles problématiques de l’Internet et des réseaux: identité numérique, espace de stockage des données personnelles, etc.
octobre 8th, 2007 at 13h40
hi,
Whish you good luck!
good site